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L’agrivoltaïsme, en savoir un peu plus…

par | 23 avril 2026 | Transition

« Des panneaux photovoltaïques sur les bâtiments et terres agricoles ! »

L’agrivoltaïsme désigne des systèmes où les panneaux photovoltaïques sont installés de manière à laisser une part de surface accessible à la culture ou à l’élevage, assurant ainsi la continuité de l’activité agricole tout en produisant de l’énergie propre.

Une installation agrivoltaïque doit d’abord servir la production agricole pour être considérée comme pertinente et doit aussi concilier production d’énergie solaire et agriculture.

En combinant ces deux activités, il est possible d’optimiser l’utilisation des surfaces en valorisant à la fois la production de denrées agricoles et celle d’électricité verte, sans sacrifier de terrain cultivable.

L’installation des panneaux solaires au-dessus des cultures ou des zones d’élevage, permet de maximiser l’utilisation du sol tout en respectant l’environnement et en soutenant la transition énergétique. Les panneaux sont généralement conçus pour laisser passer une quantité suffisante de lumière, afin de ne pas compromettre la croissance des cultures ou le bien-être du bétail. Cette synergie offre plusieurs avantages : elle contribue à la diversification des revenus des agriculteurs, protège les cultures contre les aléas climatiques, réduit l’évaporation de l’eau, et participe à la lutte contre le changement climatique en favorisant la production d’énergie renouvelable.

Une ferme solaire, ou centrale solaire, regroupe plusieurs milliers de panneaux photovoltaïques disposés sur un terrain dédié, généralement au sol. Ces panneaux captent le rayonnement solaire pour produire de l’électricité, qui est ensuite injectée dans le réseau national. En zone agricole, la mise en place de ces installations doit respecter certaines obligations légales, notamment celles relatives aux parcs agrivoltaïques ou aux centrales agri-compatibles, afin de garantir un usage conforme du terrain et une intégration harmonieuse dans le paysage agricole.

Les principaux objectifs

« Entre 75 000 et 124 000 hectares. Telle est, dans les scénarios prospectifs de l’Ademe, la surface mobilisée par le photovoltaïque au sol pour atteindre entre 92 et 144 gigawatts d’ici 2050. Si le gouvernement français lui, vise désormais 48 gigawatts en 2030 et jusqu’à 80 gigawatts en 2035, et s’il a récemment freiné le déploiement du solaire en faveur du nucléaire, le développement de cette énergie renouvelable reste malgré tout une priorité stratégique déjà en œuvre, notamment depuis la loi Aper de 2023.

La conception de ces parcs est régie par la séquence Éviter-Réduire-Compenser (ERC) prévue au Code de l’environnement. Celle-ci vise une absence de perte nette de biodiversité, en s’appliquant aux espèces, habitats naturels, et fonctions écologiques. » (source « WeDemain« )

« Pour atteindre l’objectif de 100 GW de puissance photovoltaïque d’ici 2050 (promis par la programmation pluriannuelle de l’énergie), if faut accélérer le développement du photovoltaïque. Le rythme de développement du photovoltaïque en France est insuffisant pour atteindre les objectifs fixés. Le développement du photovoltaïque doit en effet se faire sous toutes ses formes : au sol : en privilégiant les sols déjà artificialisés ou présentant de moindres enjeux ; sur bâtiment : neufs et existants ; Sur des zones naturelles et agricoles : les installations devront rester compatibles avec une activité agricole, pastorale ou forestière. » (source « Info.Gouv« )

La réglementation

Quelques chiffres
    • « Le nombre de projets agrivoltaïques progresse chaque année, avec plus de 200 sites identifiés en 2025 selon l’ADEME. » (source ADEME et Valeco)
    • « Le changement climatique est un défi clé pour 76% des agriculteurs. » (source IPSOS)
    • « Les estimations évoquent un possible rythme de déploiement de l’ordre de 1 à 2 GW par an à partir de 2026. » (source Valeco)

Des inquiétudes

La multiplication des projets agrivoltaïques soulève des préoccupations parmi certains agriculteurs et militants :

  • Possibilité de réduire la superficie disponible pour l’agriculture traditionnelle, ce qui pourrait impacter la production locale de denrées alimentaires.
  • Crainte que l’installation de ces infrastructures modifie le paysage rural et dénature les territoires agricoles.
  • Question de la compatibilité entre la production agricole et la production d’énergie, notamment concernant l’impact sur les cultures et la biodiversité.
  • Volonté de préserver la vocation des terres agricoles pour l’avenir, face à la croissance de projets énergétiques.

Certains défenseurs argumentent que l’agrivoltaïsme peut représenter une opportunité pour diversifier les revenus des exploitants agricoles et favoriser une agriculture plus durable, tout en contribuant à la transition énergétique.

Les différentes formes d’installations

Les surfaces agricoles photovoltaïques représentent une solution innovante pour optimiser l’utilisation des espaces agricoles tout en produisant de l’énergie renouvelable. Les installations peuvent se faire sous différentes formes :

  • Les toitures existantes : Il s’agit d’installer des panneaux photovoltaïques sur des structures déjà présentes, telles que les hangars, entrepôts, abris pour animaux ou autres bâtiments agricoles. Cette approche permet de valoriser des surfaces déjà construites sans nécessiter de nouvelles structures, tout en protégeant les bâtiments contre le rayonnement solaire excessif ou en apportant une production électrique supplémentaire.
  • Les bâtiments entièrement neufs : Ces installations concernent la conception et la construction de bâtiments spécifiquement conçus pour accueillir des panneaux photovoltaïques intégrés. Ces bâtiments peuvent être conçus dans le cadre de projets agrivoltaïques, combinant production d’énergie et activités agricoles, en intégrant harmonieusement les panneaux dans leur architecture pour maximiser la production tout en facilitant l’activité agricole.
  • Les terrains agricoles : installations sur des terrains non cultivables, tels que les friches industrielles ou agricoles, ainsi que sur des terrains incultes depuis au moins 10 ans ou encore dans des zones inadaptées à l’agriculture. Cette localisation vise à limiter l’impact sur les terres agricoles productives tout en facilitant l’installation de ces infrastructures énergétiques.
  • Les plans d’eau : installations photovoltaïques flottantes pour profiter de surfaces d’eau libres.

Les différentes configurations

Les panneaux photovoltaïques sont disponibles sous différentes configurations adaptées à divers besoins et environnements.

  • Ils peuvent être fixes, orientés vers le sud pour maximiser l’exposition au soleil, ou installés sur des systèmes de suivi (trackers) qui ajustent leur position tout au long de la journée pour capter un maximum de rayonnement solaire. Certains de ces systèmes de suivi peuvent même être contrôlés à distance, permettant une gestion plus efficace et automatisée.
  • Ils peuvent faire office d’ombrières photovoltaïques. Il s’agit de panneaux installés sur des structures surélevées, conçues pour fournir de l’ombre tout en produisant de l’électricité. Ces installations incluent notamment les ombrières de parking, qui protègent les véhicules du soleil, ou celles situées en milieu agricole, où elles permettent de préserver l’accès aux cultures ou à l’élevage. Ces structures sont généralement élevées et espacées de manière à laisser passer les animaux d’élevage ou à permettre le développement de cultures en dessous.

Les panneaux sont reliés à un local technique abritant des onduleurs et des transformateurs, qui assurent la conversion du courant et la régulation de la tension. Le tout peut être sécurisé par une clôture et/ou un système de surveillance.

Des éléments à prendre en compte avant l’installation

Quelques éléments à prendre en compte pour adapter l’installation à chaque exploitation agricole, en fonction de leurs caractéristiques spécifiques (superficie, orientation des bâtiments, besoins énergétiques, budget, etc…) :

  • Analyse des besoins énergétiques : évaluer la consommation électrique pour dimensionner le système solaire en conséquence.
  • Orientation et inclinaison : choisir l’emplacement des panneaux en fonction de l’ensoleillement optimal, généralement vers le sud dans l’hémisphère nord.
  • Espace disponible : maximiser l’utilisation des terrains ou toitures disponibles tout en respectant les contraintes locales.
  • Type de panneaux : sélectionner entre panneaux monocristallins, polycristallins ou amorphes selon le budget et l’efficacité souhaitée.
  • Infrastructure existante : adapter la connexion au réseau, prévoir des systèmes de stockage ou d’autoconsommation.
  • Réglementations locales : respecter les normes et réglementations en vigueur pour l’installation de panneaux solaires.
  • Impact environnemental et agricole : minimiser l’impact sur les cultures et les habitats naturels.
  • Investissement et rentabilité : optimiser le coût total pour assurer une rentabilité à long terme.

Chaque exploitation agricole peut adopter une configuration spécifique pour l’installation de panneaux solaires photovoltaïques, afin d’optimiser leur efficacité tout en respectant les besoins de l’exploitation. Quelques options possibles :

  • Fixation sur structures élevées :
    Les panneaux solaires sont installés sur des structures surélevées, généralement à une hauteur comprise entre 4 et 5 mètres. Cette configuration permet de maximiser l’exposition au soleil, éviter l’ombrage des cultures en dessous, et faciliter la gestion de l’espace.
  • Intégration aux toits ou parois verticales des serres agricoles :
    Les panneaux peuvent être intégrés directement aux toits ou aux parois verticales des serres, utilisant ainsi l’espace disponible sans empiéter sur les terrains cultivables.
  • Installation sur le toit des bâtiments agricoles existants :
    Les hangars, granges ou autres bâtiments agricoles peuvent accueillir des panneaux solaires sur leur toiture. Cette solution utilise des infrastructures déjà en place, limitant ainsi les coûts d’installation et de maintenance.
  • Utilisation de structures mobiles sur des parcelles agricoles :
    Des structures mobiles peuvent supporter les panneaux solaires, permettant de les déplacer selon les besoins des cultures, les saisons ou les périodes de récolte. Cela offre une flexibilité pour concilier production agricole et production d’énergie.
Les avantages de l’Agrivoltaïsme

  • Optimisation de l’utilisation des terres : En combinant agriculture et production d’énergie, l’agrivoltaïsme permet de maximiser l’utilisation d’un même espace, notamment dans les zones où la disponibilité de terres agricoles est limitée.
  • Protection des cultures : Les installations photovoltaïques peuvent offrir un ombrage partiel, ce qui peut réduire le stress hydrique des cultures, limiter la température du sol et protéger contre les intempéries extrêmes. Les plantes, les fleurs, les vignes et certaines cultures maraîchères s’accommodent bien de l’agrivoltaïsme.
  • Augmentation des revenus pour les agriculteurs : les agriculteurs ont plusieurs opportunités pour générer un revenu supplémentaire grâce à l’énergie solaire. En louant leurs terres à des développeurs solaires pour l’installation de parcs solaires, ils perçoivent un loyer qui constitue une source de revenus stable. En vendant l’électricité qu’ils produisent eux-mêmes. En produisant leur propre électricité pour alimenter leurs propres exploitations, ce qui leur permet de réduire considérablement leurs coûts énergétiques.
  • Réduction de l’impact environnemental : L’agrivoltaïsme contribue à la transition énergétique en produisant de l’énergie renouvelable, tout en limitant l’artificialisation des sols et en préservant la biodiversité. La production d’énergie solaire ne produit pas d’émissions de gaz à effet de serre, ce qui contribue à lutter contre le changement climatique.
  • Innovation et résilience agricole : La combinaison de ces deux activités peut renforcer la résilience des exploitations face aux aléas climatiques, aux fluctuations des marchés agricoles et aux enjeux énergétiques.
  • Impacts positifs sur la biodiversité : La végétation sous ou autour des panneaux peut favoriser la biodiversité et améliorer la qualité du sol. Certaines centrales construites en milieux dégradés peuvent créer des habitats favorables à certaines espèces comme les bourdons et les oiseaux inféodés aux prairies.
  • Protection des animaux : L’ombre des panneaux photovoltaïques permet une meilleure pousse de l’herbe broutée par les animaux. Les animaux profitent aussi de l’ombrage pour se protéger de la chaleur (stress thermique) et de la pluie. En fonction de la hauteur des structures hébergeant les panneaux solaires ils pourront accueillir soit : un élevage ovin et de volailles ; ou un élevage bovin, équin ou caprin.
Les inconvénients de l’Agrivoltaïsme

  • Coûts élevés : La mise en place de systèmes agrophotovoltaïques nécessite des investissements importants pour l’installation des panneaux solaires, les infrastructures, l’entretien, la maintenance et l’adaptation des pratiques agricoles et cultures.
  • Complexité technique : La gestion simultanée de l’agriculture et de la production d’énergie demande des compétences spécifiques pour optimiser l’ombre, la ventilation et l’accès aux cultures.
  • Impact sur la surface cultivable : L’installation solaire occupant une partie du terrain agricole peut avoir un impact sur la surface cultivable et sur certaines cultures étant plus sensibles à l’ombrage créé par les panneaux solaires que d’autres.
  • Artificialisation des terres : les ancrages béton, clôtures, lignes électriques enterrées et voies d’accès sur des kilomètres affectent les sols, perturbent la faune et la flore de façon durable.
  • Impact sur le foncier : il y a un risque d’impact sur les prix et la disponibilité du foncier. Le régime protecteur des baux ruraux s’applique-t-il dans les cas du photovoltaïque au sol. Voir les risques de spéculation sur le foncier.
  • Impact sur la biodiversité et le paysage : Si mal conçue, l’implantation des panneaux peut entraîner une réduction de la biodiversité locale, notamment si elle remplace des habitats naturels en entraînant une fragmentation ou perte d’habitats. Ceci peut compliquer les déplacements, la reproduction et la survie des espèces indigènes.
  • Risques pour les cultures : La présence de panneaux peut limiter la luminosité, ce qui peut réduire la croissance de certaines cultures sensibles à la lumière.
  • Gestion de l’eau : Les systèmes agrophotovoltaïques peuvent modifier l’évaporation et la gestion de l’eau, nécessitant une adaptation des pratiques agricoles.
  • Maintenance accrue : La combinaison de deux systèmes augmente la complexité de la maintenance, nécessitant des interventions régulières pour assurer leur bon fonctionnement.
  • Risques réglementaires et administratifs : La mise en œuvre peut être entravée par des réglementations locales, des permis ou des contraintes administratives.
  • Durée de vie et recyclage : La durabilité des installations et le recyclage des panneaux solaires posent également des questions environnementales à long terme.

« Le risque est de faire basculer l’agriculture vers un modèle de fermes solaires, détournées de leur vocation nourricière … » (source « jeunes-agriculteurs« )

Des solutions pour un solaire plus sobre

Pour élaborer un solaire plus sobre et conçu pour cohabiter harmonieusement avec le vivant, plusieurs solutions et approches peuvent être envisagées :

  • Intégration de l’écologie dans la conception des installations : privilégier des projets qui intègrent des techniques de construction respectueuses de l’environnement, comme la mise en place de modules solaires modulables, facilement démontables, et utilisant des matériaux durables.
  • Utilisation de surfaces non arables ou peu utilisées : installer des panneaux solaires sur des toits, des parkings, ou des terrains peu propices à d’autres activités agricoles ou naturelles, afin de limiter l’impact sur la biodiversité.
  • Installation de toitures végétalisées combinant solaire et biodiversité : concevoir des systèmes solaires intégrés à des toitures végétalisées ou des toits verts, permettant de préserver ou favoriser la biodiversité urbaine tout en produisant de l’énergie.
  • Design de systèmes en harmonie avec le vivant : prévoir des espaces de refuge ou de passage pour la faune (nichoirs, corridors écologiques) autour ou sous les installations solaires afin de favoriser la cohabitation avec la faune locale.
  • Choix de technologies à faible impact environnemental : utiliser des panneaux solaires à haute efficacité, fabriqués avec des matériaux recyclables ou peu toxiques, et privilégier des systèmes à faible consommation d’énergie pour leur fabrication et leur maintenance.
  • Gestion intelligente de la production et de la consommation : mettre en place des systèmes de stockage et de gestion de l’énergie pour optimiser la production et réduire le gaspillage, limitant ainsi l’étalement spatial et la consommation de ressources.
  • Participation locale et sensibilisation : impliquer les communautés locales dans la conception et la gestion des projets solaires, pour assurer une meilleure adéquation avec le territoire et ses habitants, y compris la faune et la flore.
  • Suivi environnemental continu : mettre en place des programmes de surveillance pour évaluer l’impact des installations sur la biodiversité et ajuster les pratiques en conséquence.

Article créé par « Canopée » le 23/04/2026

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